Search here...
TOP
Yoga

D’abord le divorce, puis les livres et enfin le yoga

S’il y a bien une chose de positive dans l’échec de mon mariage c’est ma découverte du yoga. Comme beaucoup de femmes, j’ai la tête façonné par des images du type “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”. De grâce, éloignez vos filles de l’univers princesse qui attend son prince charmant. Le divorce est – malheureusement ou heureusement je ne sais pas – devenu aussi fréquent qu’un brossage de dents. Tout le monde se sépare, tout le monde divorce. Je suis partagée entre “mais quelle vision de l’amour transmettons-nous aux prochaines générations” et “c’est quand même un droit qui a émancipé les femmes”. Bien que ce soit dorénavant anodin, toutes celles et ceux qui l’ont vécu savent à quel point cela peut être douloureux. Pour moi ça a été comme être aspirée par un trou noir au fin fond de l’univers. L-i-t-t-é-r-a-l-e-m-e-n-t. Vous voyez ce que je veux dire ? Quand tu as l’impression de ne plus exister du tout, de ne pas avoir de corps, de ne plus pouvoir penser ou agir. Ce sont les dégâts d’une relation fusionnelle. Quand l’autre n’est plus là je ne suis plus rien. Mais je n’avais pas conscience de cette fusion avant d’en être privée et cela m’a pété à la gueule lors de ma séparation. J’étais jeune, inexpérimentée de la vie. Je me suis jetée corps et âme dans cette relation à 19 ans sans réfléchir, sans d’abord me construire dans mon individualité. J’ai malgré tout vécu une belle relation mais j’ai perdu beaucoup de temps. L’amour véritable, sain, demande d’avoir pris le temps de se connaître, de s’aimer “soi-m’aime”, de se sentir complète. A 19 ans c’est très rare d’en être là. Certains couples arrivent à faire ce cheminement main dans la main. Je les admire et les envie. Mon histoire de vie en a décidé autrement. J’ai dû vivre ce traumatisme du divorce, descendre au fond du précipice et me dire “ok, je fais quoi maintenant?”. Merci l’univers #1 j’ai un sublime garçon pour qui je me suis accrochée au rebords de mon trou sans fond. Merci l’univers #2 je n’ai pas un égo surdimensionné. Quand j’ai besoin d’aide je le dis et je demande. Merci l’univers #3 je suis bien entourée dans ma vie en générale par ma famille et mes amies. Merci l’univers #4 ma situation financière n’était pas catastrophique. Malheureusement, à ce moment je ne voyais pas tout cela. Je ne voyais rien. Je tentais d’avancer dans un brouillard dense et noir.

Mes premiers sauveurs, les livres.

J’ai lu une tonne de livres sur l’amour, le développement personnel et surtout sur la philosophie. Notamment l’Art d’Aimer d’Erich Fromm. C’est là que je me suis rendue compte à quel point je m’étais plantée, mais alors royalement plantée sur toute la ligne et combien j’ai pu manqué de maturité dans ma relation. Fromm explique que :

L’amour n’est possible que si deux personnes communiquent entre elles à partir du centre de leur existence… Qu’il y ait harmonie ou conflit, joie ou tristesse, c’est secondaire par rapport au fait fondamental que deux personnes se rejoignent à partir des profondeurs de leur existence, qu’elles ne font qu’un l’une avec l’autre en ne faisant qu’un avec elles-mêmes, sans fuir leur propre réalité. Il n’y a qu’une seule preuve de la présence de l’amour : la profondeur de la relation, la rivalité et la force de chaque personne.

Voilà, je n’avais pas de centre. Je ne l’avais pas nourris. Mon temple intérieur était brinquebalant. Erreur ! Erreur ! Je me suis jurée qu’une fois reconstruite, plus jamais mon bonheur ne dépendra de quelqu’un d’autre. C’est beaucoup trop précieux pour laisser ce trésor reposer sur les aléas et les bons vouloirs d’une personne extérieur. JE suis la seule et unique responsable de mon bien-être.

Ensuite, à la lecture du Gai Savoir et d’Ainsi parlait Zarathoustra de Neitzsche, j’ai pris conscience que la recherche du bonheur perpétuel était une des causes du malheur. Et ouais ! Ça se complexifie. Nietzsche conçoit le bonheur comme une réconciliation avec le malheur. Le malheur fait partie de la vie. Celle-ci est faite d’aspects plus problématiques et plus durs que les autres, comme la souffrance ou la mort. Pour être heureux, il faut apprendre à aimer la vie telle qu’elle est, dans tous ses aspects, c’est-à-dire à la fois dans ce qu’elle offre de repos, de confort, de joies, mais aussi dans ce qu’elle offre de plus terrible. Cette attitude joyeuse, Nietzsche l’appelle Ja sagen, c’est-à-dire “dire Oui”. Un acquiescement à la vie en son entier, tel est le bonheur. Il faut aimer le destin, ce qu’on appelle en latin “amor fati”. Il faut aimer la vie comme on aime la musique. On n’aime pas une musique qui n’est que joyeuse, on aime aussi les notes mélancoliques, les passages plus dramatiques, qui finissent par participer à la beauté de l’œuvre. Purement consonante, l’œuvre nous ennuie. Purement dissonante, elle nous casse les oreilles. La beauté résulte de l’harmonie qui réconcilie les deux, comme la sagesse réconcilie bonheur et malheur.

Donc j’avais compris ça, mais je n’étais toujours pas bien. J’avais essayé la thérapie classique, ça ne m’a rien apporté. Je n’étais plus au fond du trou mais je ne faisais que survivre. J’étais encore très loin de la vitalité dont j’avais envie. Et puis un matin je me suis levée et je me suis regardée dans le miroir. Ouf. Je n’ai jamais été sportive et toujours été naturellement assez mince sans effort. Mais là, à 34 ans, ça commençait à se voir. J’avais pris du poids, j’avais un muffins top, le dessous des biceps qui commençaient à pendouiller, les cuisses molles, … Bref, j’étais mal dans ma peau. Certaines femmes portent leurs rondeurs à merveille et je les trouve sincèrement rayonnantes. Moi non. J’étais terne, flasque, sans énergie. Aussi j’avais recommencé à fumer suite à mon divorce donc cernée et en plus je buvais trop de vin (je reparlerai d’alcoolisme dans un autre article).

Du yoga pour mes triceps

Ça me semble complètement absurde d’écrire tout cela aujourd’hui au vue de l’étendue cosmique qu’embrasse le yoga mais j’ai commencé le yoga pour muscler mes triceps qui pendouillaient. Ha ha ha. J’étais à des années lumières de savoir dans quel monde je mettais la pointe du petit orteil. Je me suis bêtement dis “bah le yoga c’est facile”. Re ha ha ha. Autre bonne blague. Je me suis donc inscrite à un cours de Power Yoga et je suis arrivée – je dois l’avouer – les mains dans les poches genre “naaan mais je vais gérer c’est du yoga quoi”. Et bien inutile de vous dire les cowboys que j’ai souffert le martyre. Même les postures de “récupération” type chien tête en bas me donnaient du fil à tordre. Et je ne me rappelle plus pourquoi exactement j’ai persévéré. Je me souviens simplement qu’un jour j’étais à ma fenêtre en train de fumer une clope et je me suis dis “je vais me sculpter le corps de mes rêves et je vais en profiter pour shopper tous les beaux mecs dont j’ai envie”. R-i-d-i-c-u-l-e. Ça ne me ressemble tellement pas ! J’étais certainement animée par un esprit malsain de revanche sur la gente masculine. J’allais donc à mes cours de yoga comme à la salle de sport. Parfois on met du temps à comprendre les choses. Mea culpa.

“Practice and all is coming” – Sri K. Pattabhi Jois (le maître de l’Ashtanga yoga)

Petit à petit, insidieusement, comme par magie le yoga a tissé des liens entre moi – le soi, l’Atma -, le cosmos et la Terre Mère. Mais vraiment quoi. L’asana qui illustre à merveille cette faculté du yoga c’est Talasana, le palmier. Une posture toute simple qui consiste à être debout, les bras pointés vers le ciel, les jambes bien droites et les pieds fermements ancrés dans le sol pour puiser à la fois l’énergie tellurique par les pieds et capter celle du cosmos par les mains. J’étais devenue une antenne qui télécharge les informations du grand tout. Et ça marche. Ne me demandez pas comment, mais ça marche ! Ma transformation était en cours. Ou plutôt ma révélation. Une révélation à moi-m’aime et au monde. Ce fameux centre qui me manquait était désormais non seulement pleinement existant mais nourrit et connecté au cosmos. Woooooow. Une gigantesque victoire. Et c’est également à ce moment que j’ai compris tout le bon sens de Savasana, la posture du cadavre, que l’on fait en fin de cours. C’est la petite mort ! Se permettre de mourir pour mieux renaître. Quand on a compris ça, la souffrance vécue prend un tout autre sens (dans la plupart des cas). Celui de la perspective d’un monde nouveau.

Et maintenant et bien je suis complètement addict au yoga. Je dévore tout ce qui en est lié de près ou de loin. J’ai fait du hatha, du bikram (hot yoga), du kundalini, du power, du nidra, du yin. Mention spéciale pour mon amour le Ashtanga. Je mange yoga, je dors yoga, je vis yoga. Car le yoga ce n’est pas un simple sport ! De grâce… C’est une philosophie, une façon d’aborder la vie.  Et plus je l’explore, plus je me dis que les horizons du yoga sont infinies et magnifiques. J’ai ouvert une porte et derrière, un univers divin s’est offert à moi. Je viens de mettre le pied dedans. J’ai toute la vie pour découvrir ses moindres recoins. Aujourd’hui je célèbre mon ancrage, ma force, ma résilience, mon temple intérieur riche et vaste. Jamais au grand jamais j’aurais pensé parvenir à cela. Et c’est tout l’objet de ce blog, partager ce cheminement au coeur du yoga avec détermination, curiosité, humour et surtout sans se prendre (trop) au sérieux. J’espère que vous aurez du plaisir à le lire et que nous pourrons échanger ensemble.

Avec tout mon amour et ma gentillesse.

Namasté.

«

»

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *