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Yoga

Comment l’hystérie de la performance a envahi l’univers du yoga

Yoga et performance

J’ai beaucoup réfléchi cet été à la notion de performance que je perçois dans les disciplines du yoga et de la méditation. Comme énormément de femmes, je suis atteinte du syndrôme moderne de la performance. Quand on y pense deux minutes, c’est hallucinant la pression que l’on subit de toutes parts. Pression d’être performante au travail, pression de bien manger (et si c’est fait maison c’est mieux), pression d’être en bonne santé, pression de rester fraîche, mince, bien habillée, pression d’être une bonne mère, une bonne amante, …. et pression d’être zen dans ce brouhaha. 

Je ne sais pas pour vous, cela me donne le tournis et peut même devenir une source de dépression. Carrément. Parce que hein, cette quasi perfection est impossible à atteindre. Cerise sur le gâteau, cette pression on se l’impose aussi pour pratiquer le yoga et la méditation. Je me surprends parfois à me dire : « ha merde, il FAUT que je fasse mon yoga» ou «ha zut, j’ai MAL médité». WTF ???? C’est là que que l’on se trompe complètement, mais alors complètement de posture intérieure.  

Ces obligations sont incessantes et nous poussent à bout. Il faut apprendre à s’arrêter…. et se foutre la paix.

L’hystérie de la performance a envahi les univers du yoga et de la méditation qui devraient pourtant en être protégés, car avant tout, elles visent à entrer en contact avec soi-m’aime. 

Yoga et néocapitalisme, devenir de bonne petite soldate

C’est en lisant cet été un article dans Le Monde, que je me suis aperçue que j’étais un peu empêtrée dans ce cercle infernal. Il s’agit d’un entretien avec Antonio Pele, professeur de droit et de libertés publiques à l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro et adepte de la méditation. Antonio Pele voit dans l’engouement pour cette pratique une réponse à l’accélération du néolibéralisme :

(…) on constate une synchronie entre l’engouement pour des techniques comme le yoga ou la méditation et le développement d’un capitalisme de plus en plus exigeant. On assiste à une sorte de captation de ces techniques pour les recycler au service de l’efficacité et de modes de productivité toujours plus contraints. Des entreprises comme Google créent des centres de méditation pour que leurs employés puissent être plus concentrés dans leurs activités. À notre insu, l’engouement pour la méditation conduit à mieux répondre aux vicissitudes de notre société et aux exigences les plus aiguës du capitalisme contemporain.

Le développement des pratiques aujourd’hui n’est pas contradictoire avec les fondements de la méditation mais il en limite la finalité. La méditation consiste, par l’observation de ses sensations et ses émotions, à créer un espace de liberté qui conduit à moins réagir, par l’envie ou l’aversion, aux événements. Elle permet d’apprendre à mieux se connaître, à avoir conscience que le bonheur est accessible maintenant et pas dans une vie future ou passée, ou dans la dépendance au travail. En la réduisant à une source de concentration dans le cadre professionnel, on en reste à la première phase, nécessaire pour commencer à méditer, mais partielle.»

Il a tellement raison ! En fait, le piège c’est que ça marche ! On travaille mieux, on est davantage concentrée dans nos tâches lorsque l’on pratique régulièrement le yoga. On est plus performante !!! Mais ce n’est AUCUNEMENT l’objectif de la pratique.

Gérer son stress comme on gère son compte bancaire

Le yoga et la méditation sont des techniques merveilleuses pour aller à la rencontre de soi-m’aime. Pour descendre profondément en son for intérieur, comprendre ce qui se passe, se positionner en spectatrice de ses émotions, arrêter pour quelques instants ce flot incessants de perturbations et ainsi se reposer un peu de notre agitation mentale.

Connaître notre soi véritable c’est aussi voir la tristesse, le découragement, la colère, l’impatience, … Accepter que l’on ne soit pas en mesure de toujours «gérer» nos émotions. C’est ce qui nous différencie des robots non ? Nous souffrons de vouloir tout gérer, de nous auto-exploiter jusqu’à l’épuisement.  D’ailleurs, ce mot «gérer» que l’on applique à nos émotions me pose question. On doit «gérer notre stress», «gérer notre colère», « gérer notre fatigue », comme on gère son budget, ses dettes ou sa carrière. C’est un mot emprunté au vocabulaire capitaliste qui cannibalise le discours sur notre humanité et prétend la dominer en vue d’un rendement. 

« Michel Foucault a montré que le néolibéralisme ne se définit pas seulement par la primauté du marché, la privatisation ou un moindre État, mais qu’il se fonde aussi sur l’idée que l’humain devient “entrepreneur de soi”, il doit gérer ses dettes, ses aptitudes, son employabilité, mais aussi ses émotions, ses compétences et sa conscience. », ajoute Antonio Pele. 

Et putain, on a le droit de ne pas être rentable 24h/24.

Foutez-vous la paix !

C’est dans cet état d’esprit et de prise de conscience que j’ai découvert récemment les fabuleux podcasts et méditations de Fabrice Midal, adorablement nommés «Foutez-vous la paix».* J’y ai trouvé des éléments de réponse à ma quête de justesse.

Performance et yoga

«Plus on dit aux gens “Soyez zen”, plus on les rend malheureux. Lorsque quelqu’un est confronté à une grande difficulté, liée à la maladie, au stress professionnel, il faut commencer par reconnaître sa souffrance. C’est en acceptant cette douleur que l’on peut trouver les ressources pour l’affronter, la dépasser, la guérir. Or, l’injonction au zen pousse, à l’inverse, à la nier. En cela, elle est inhumaine. Elle est même monstrueuse, quand elle demande aux individus de s’écraser et, d’une certaine façon, de se plier aux violences qu’ils subissent au quotidien.» – Fabrice Midal

Il dit en substance des choses simples et évidentes : en pratiquant la méditation (ou le yoga, c’est la même chose… n’oubliez pas que la méditation c’est du yoga) il ne faut pas chercher à atteindre quoique ce soit. Même pas essayer d’être calme, de faire le vide ou être zen. 

Déjà là, pschitttttttt, j’ai eu l’impression d’ouvrir le bouchon d’une cocotte minute. Cette façon d’aborder la pratique enlève une énorme pression. Il suffit juste de s’asseoir, ou de d’exécuter les postures en prenant conscience de notre émotion du moment. Vous êtes triste ? Alors posez-vous et observer votre tristesse. Vivez-la. Laissez en vous la vie prendre toute sa place.

Dans un article du Monde toujours, Fabrice Midal dit : 

«J’ai peur qu’aujourd’hui la méditation ne devienne, dans de nombreux cas, un outil d’aliénation et non de liberté. Je m’engage pour cette raison à proposer des formes de méditation visant à une prise de conscience. Méditer ne devrait pas consister à rentrer dans sa bulle. Cela devrait au contraire nous apprendre à être davantage à l’écoute de ce qui se passe, pour savoir mieux affronter nos difficultés, personnelles et collectives.»

Alors pour cette rentrée 2019 je vous souhaite de tout coeur de vous foutre la paix. L’idée ici n’est pas de renoncer, d’être inactive et de regarder la télévision en mangeant des chips. Mais plutôt de revenir à une pratique juste, pour réhumaniser notre monde et où absolument aucune performance et aucun jugement ne doivent entrer en jeu. 

Vous allez voir, c’est 100 fois plus délicieux et libérateur.

Je vous embrasse, Frédérique

* Vous pouvez les trouver gratuitement sur l’application Insight Timer.

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